Lundi 3 novembre 2008

Nous pouvons sans effort catégoriser selon quatre items les épigones cinématographiques de Romero :

 

1. Le gore italien (Zombi 2, Zombi 3…)

2. Le film d’action américain (Les séries des Resident evil, House of the dead, Retour des morts-vivants…)

3. Les comédies anglo-saxonnes (Shaun of the dead, Undead, Fido...)

4. Les films amateurs (The stink of flesh, les films Troma...)

 

Toutefois, il est peu intéressant, et cela à triple titre, de catégoriser ainsi les suites du genre. Tout d’abord, les pays n’ont pas le monopole d’un style (si les italiens ont joués sur le gore, on le trouve aussi dans d’autres pays, et les américains n’ont pas le monopole du film d’action). Ensuite, cela ne fait pas apparaître clairement les spécificités de ces suites dans l’économie du genre. Enfin, certains films respectent les canons du genre sans mettre en avant l’idée de « morts-vivants » (préférant parler d’ « infectés » ou de « malades »).

 

Mais, il y a quelque chose d’intéressant dans ces « suites » : elles se veulent bien souvent a double emploi. Primo, elles se placent comme « préquelle » des films romeriens. Ensuite, elles se veulent explicative (identification d’une cause déterminée). Nous avons là l’élément le plus important. Le film de zombi post-Romero est rarement comparable à celui proposé par le maître, car ce qui y prédomine c’est la volonté d’expliquer. Nous avons là une trahison complète du genre lui-même. Il est intéressant de noter d’ailleurs, que le mode d’explication n’est plus seulement la magie (comme dans la préhistoire du genre) mais la science : c’est un agent chimique ou biologique qui produit en général le grand réveil.

 

En cela, nous pouvons scinder les films selon les types d’explications fournies :

 

1. Ceux qui proposent une explication mystique ou magique

Zombi 2 de Lucio Fulci (1979)

Zombie hell house de Lucio Fulci (1981)

Le Manoir de la terreur d’Andrea Bianchi (1980)

Le Lac des morts-vivants de Jean Rollin (sous le pseudo de J.A. Lazer) (1980)

Zombi 4 de Claudio Fragasso (1988)

Zombie island massacre de John T. Carter (1984)

House of the dead de Uwe Boll (2003)


Et, La série des "Evil dead" de Sam Raimi (1981, 1987 et 1993)


2. Ceux qui proposent une explication matérialiste (agent chimique, pathogène…)

The Frozen dead d’Herbert J. Leder (1966)

Let sleeping corpses lie (Living dead at the Manchester morgue) de Jorge Grau (1974)

L’Avion de l’apocalypse d’Umberto Lenzi (1980)

Zombie holocaust de Marino Girolami (1980)

Virus cannibale de Bruno Mattei (1980)

The dead next door de J.R. Bookwalker (1985)

La revanche des mortes-vivantes de Pierre Reinhard (1986)

Redneck Zombies de Pericles Lewnes (1987)

Zombi 3 de Bruno Mattei, Claudio Fragasso et Lucio Fulci (1988)

House of the dead 2 de Michael Hurst (2005)

Day of the dead 2 de Ana Clavell et James Glen Dudelson (2005)

Flight of the living dead de Scott Thomas (2007)

Planète terreur de Roberto Rodriguez (2007)

La Nuit des morts-vivants 3D de Jeff Broadstreet (2008)

Le Jours des morts-vivants de Steve Miner (2008)


Et, La série des « Resident Evil » (Paul W.S. Anderson 2002, Alexander Witt 2004 et Russell Mulcahy 2007)

La série des « Retour des morts-vivants » (Dan O’Bannon 1985, Ken Wiederhorn 1988, Brian Yuzna 1993 et Ellory Elkayem 2005)

La série des « 28 Jours plus tard » (Danny boyle 2002 et Juan Carlos Fresnadillo 2007)

La serie d’adaptation de « Je suis une légende » (Ubaldo Ragona et
Sidney Salkow 1964, Boris Sagal 1971 et Francis Lawrence 2007)

La série des « Re-animator » (Stuart Gordon 1985 et 2008, Brain Yuzna 1990 et 2003)

 


3. Ceux qui  proposent une explication autre

Braindead de Peter Jackson (1993)

Undead de Michael Spierig (2003)

Fido d’Andrew Currie (2007)

 

4. Ceux qui ne proposent aucune explication mais limitent le champ d’investigation

L’Armée des morts de Zack Snyder (2004)

Vampires versus zombies de Vince D'Amato (2004)

 

5. Ceux qui ne proposent aucune explication et aucune limite

La Nuit des morts-vivants de Tom Savini (1990)

I Zombi, chronicle of pain de Andrew Parkinson (1998)

Shaun of the dead de Edgar Wright (2004)

Zombie Honeymoon de David Gebroe (2004)

The Stink of flesh de Scott Phillips (2005)


 

PS : Complément de liste sur Allociné et horreur.com

Par Грэнко Нэкровыч (Grenko Nekrovitch) - Publié dans : Sources
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Mardi 4 novembre 2008
Ce qui est particulièrement pertinent avec ce genre de liste, c'est la façon dont certaines données se révèlent d'elles-mêmes. Il est évident, désormais, que la détermination causale fait la grande majorité des films du style : rares sont les films qui refusent de prendre parti, et qui se contentent de décrire objectivement une situation d'angoisse ou de décrépitude. Pourquoi est-ce si important ? Comme nous l'avons dit plus haut, ce qui fait justement l'angoisse, c'est l'indétermination. Le refus d'une indétermination résout ainsi l'angoisse avant même qu'elle soit exprimée. Nous voyons en fait, ici, un genre cinématographique entier qui refuse d'atteindre son but fixé par nature : les zombis qui avaient trouvés leur place se voient constamment à côté de chez eux.

Pire, nous en arrivons à une erreur essentielle au genre : les zombis perdent leur statut de « mort » pour devenir des « infectés ». Le propre de la cause « chimique » ou « virale », qui fait l'essentiel de la continuité du genre, c'est d'en finir avec l'idée même que les morts reviennent à la vie. Il y a simplement dégénérescence des humains en une espèce violente et cannibale, qui n'a rien de « surnaturel ». Ainsi, il est intéressant de voir, que dans l'Armée des morts, cette idée même des morts-vivants à disparue : ceux qui ne sont pas mordus ne reviennent pas (parce qu'ils ne sont pas « infectés »). Nous avons ici la conséquence d'une explication immanentiste propre à la modernité scientiste : la nature ne peut changer, il ne peut y avoir de « miracle » c'est-à-dire une modification radicale de l'organisation de la nature. La nature est déterminée causalement à suivre un cours déterminé. L'homme certes possède une responsabilité : il est de part sa capacité technique et poïétique, capable de faire venir à l'être des êtres artificiels (non prévus dans l'économie de la nature). Mais, il est important de remarquer qu'il n'est pas capable de modifier la nature elle-même et ses lois. Il peut interférer avec les résultats, désordonner ce qui est harmonieux, modifier des variables, mais il ne peut pas refaire les lois de ce monde. En conséquence, il peut infecter des corps, dégénérer l'humain, mais pas interférer avec la mort elle-même. Les zombis en cela ne sont jamais que des « surhumains » (plus rapides, plus résistants...), qui peuvent prendre des formes variables en fonction des mutations (voir les monstres de Resident Evil).


Ici, nous voyons se manifester une conséquence de notre pratique médicale : la mort n'est pas un phénomène toujours inéluctable, il est possible par artifice de réanimer des êtres (injection d'adrénaline, choc électrique...). Ce thème, déjà présent dans l'œuvre de Mary Shelley (voir la réutilisation du mythe de Frankenstein dans « Robocop ») supposait tout de même des limites naturelles à la réussite de cette action : tous les corps ne peuvent revenir à la vie, il existe des réquisits naturels de temps, d'organisation interne...avec lesquels les médecins ou chercheurs doivent faire. C'est le propre de l'œuvre de Lovecraft (avec son Hebert West qui a donné la série « Ré-animator ») de partir du principe que des morceaux éclatés de cadavres peuvent être réanimés séparément, et cela peut importe la contrainte de temps. Mais, dans tous les cas, c'est l'humain qui repousse une limite naturelle dans un cas donné : il ne supprime pas la mortalité en tant que tel, il ne fait que prolonger les fonctions du corps par un processus chimique dans un cas donné. Ainsi, celui qui n'a pas reçu l'agent artificiel demeure dans un état de mort permanente. Nous avons là une manifestation du thème prométhéen par excellence : la lutte contre la mort. Or, il est intéressant de voir que la mort comme donnée naturelle existe toujours (la nature n'a pas changée) elle est simplement contournée par un artifice. Dès que l'artifice cesse, la nature reprend ses droits (dès que le parachute ne fonctionne plus, la gravité reprend ses droits).


Qu'est-ce à dire ? L'homme ne modifie pas les lois de la nature, il ne fait que les détourner de leur cours naturel vers des fins nouvelles. L'homme force la nature à produire un autre mouvement que le sien. Mais attention, dès que l'homme cesse de forcer la nature, elle reprend automatiquement son cours. En conséquence, soit l'humain ne peut produire le chaos car la nature elle-même veille (telle est la conclusion de 28 jours plus tard), soit c'est l'homme lui-même qui trouvera une solution à ses erreurs (mal involontaire) et qui aidera la nature à effectuer cette correction (telle est la conclusion de Je suis une légende version 2007). Dans tous les cas, le chaos absolu n'est pas possible (contrairement à la tournure très apocalyptique de la série « Mad Max » film propre aux années 80).


Cela signifie deux choses. Premièrement, le phénomène est limité dans le temps, quand bien même l'infection se repend et contamine tout être, il y a une solution possible (l'idée d'une apocalypse n'est plus alors de mise : ce n'est pas la fin du monde). Deuxièmement, la nature actuelle (cycle vie/mort) reste la norme absolue à laquelle on se réfère (elle n'a pas été perdue seulement voilée). Il est intéressant de comprendre la chose suivante qui est totalement anti-romerienne (mais aussi contraire à la thèse de Richard Matheson auteur de « Je suis une légende ») : le cinéma moderne utilise le zombi comme une « expérience limite » durant laquelle notre civilisation est mise en danger, mais fondamentalement cette mise en danger n'est que ponctuelle nous assurant que nous sommes (notre mode de vie actuel) ce que la nature veut ou voulait. Nous sommes la norme.


Par opposition, le travail de Romero suppose bien que les morts-vivants soient des morts ! C'est tout l'intérêt d'une indétermination totale : puisque la nature n'obéit plus à une loi essentielle d'une séparation entre vie et mort, il n'est plus de recherche causale qui tienne (plus de causes scientifiquement déterminées). La nature elle-même n'est plus un modèle, et c'est là que l'indétermination commence. J'invite pour bien le comprendre les lecteurs à regarder la fin du film de Savini où Ben, mort par balle, est lui-même devenu un zombi (et cela sans avoir été mordu).

Par Грэнко Нэкровыч (Grenko Nekrovitch) - Publié dans : Sources
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus